Construire un discours TEDx de moins de 10 minutes

Il existe certainement beaucoup de manière d’aborder l’exercice de construire un discours TEDx et je ne les connais pas toute, je n’en connais qu’une. Et je ne peux même pas vous dire que c’est la meilleure. Mais plutôt que de vous expliquer en quoi consiste cette méthode, je vais déjà vous expliquer en quoi elle ne consiste pas.

Temps de lecture : 10 minutes

En quoi la méthode ne consiste pas

Le piège ici est de lire le titre de l’article « construire un discours TED EN moins de 10 minutes ». Hélas, non, ça ne va pas vous prendre dix minutes. Et ça ne va pas vous prendre une journée non plus. C’est malheureusement une erreur que j’ai faite, de croire que j’allais écrire mon discours en une fois, bien concentré sur la tâche et qu’ensuite je pourrais passer à la suite.

Si vous connaissez le terme de Lean vous avez certainement déjà compris pourquoi. Le discours TED n’a pas pour objectif de faire parler quelqu’un pendant dix minutes sur quelque chose qui lui tient à cœur. Le premier objectif du discours est de partager une idée à une audience. Et dans mon équation de créer mon discours en un jour j’ai effectivement oublié un des paramètres : l’audience. 

Tout comme un entrepreneur qui passe des années à développer un produit dans sa cave pour se rendre compte que personne n’en veut (coucou le Segway ;D), je suis parti pour construire un discours dans mon coin pour me rendre compte qu’il n’est pas très plaisant à l’oreille. 

En réalité ce premier essai, ce discours raté, n’était en fait pas si raté. J’ai écrit ce discours en quelques heures étalées sur plusieurs jours, en partant d’un thème central et d’idées ou de phrases ou de blagues que je voulais absolument caser à l’intérieur. J’ai écrit ces idées sur des petits morceaux de papier, et j’ai littéralement essayé de les agencer entre eux pour que le discours ait une logique.

Vous l’avez dans le mille, la première critique que j’ai reçue est que le discours n’était pas cohérent et n’avait pas de plan clair. Mais on m’a tout de même souligné le talent d’acteur et la partie émotionnelle qui attiraient l’attention et gardaient l’intérêt des auditeurs. 

Dans les retours il y a du bon et du mauvais, le tout est de savoir construire à partir des deux.

En quoi la méthode consiste

J’ai donc décidé de recommencer de zéro, sujet inclus, et de procéder différemment selon les précieux conseils que l’on m’a donné (encore merci Pierre-Henri). J’ai fait table rase et je suis parti d’une simple question : pourquoi je veux faire ce discours ?

Si vous trouvez que la question est un peu trop philosophique et que créer un discours à partir de cette question est capillotracté, j’ajouterais qu’à ce moment-là il me restait une semaine pour créer le discours, me filmer et l’envoyer à l’organisation TEDx pour qu’ils puissent me dire si oui ou non j’aurais le droit à mon nom sur l’affiche. De quoi rajouter un peu de pression dans le verre.

Mais le fait est que c’est la question la plus importante. Après tout vous ne faites pas le discours pour parler à haute voix, sinon vous pourriez le faire tout seul dans votre salle de bain. Vous ne faites pas non plus ce discours pour faire rire ou vous faire connaître, sinon un one-man show serait beaucoup plus efficace. Vous faites le discours parce que vous avez un message à transmettre à un maximum de personnes. Cela peut être pour une catégorie de personnes donnée, comme c’est le cas pour moi, ou pour tout un pan de la société. Peu importe, vous avez déjà le plus important : un message à transmettre. 

Il m’a fallu en réalité plus de douze réponses à cette question pour enfin trouver le message que je veux absolument transmettre. Car à ce moment-là je repars de zéro, je cherche le sujet même de mon discours. Et au bout d’un moment, dans les dernières de ces douze réponses je vois revenir les mêmes choses : les étudiants, la crise identitaire et la recherche d’une vocation. Alors, bien sûr c’est un sujet qui est fortement relié à mon histoire, parce qu’après tout il faut tout de même apporter une forte valeur personnelle au discours. Mais ce sera certainement d’autres choses que vous retrouverez reliées à vous. J’ai maintenant une histoire à raconter, un sujet qui ressort, et il ne me manque que le message.

C’est là où l’exercice devient un peu plus compliqué, vous n’avez que quelques minutes à l’oral, éventuellement quelques diapos, pour le faire. C’est la raison pour laquelle il faut que ce message soit le plus clair possible pour vous et que vous puissiez le formuler en une phrase. Si vous n’êtes pas adeptes des exercices de synthèse, vous n’êtes pas au bout de votre peine. Maintenant un petit point soulevé par Jude Cohen : l’objet d’un discours TED n’est pas une histoire, mais une idée. Si vous voulez raconter une histoire, soyez sûr d’en ressortir une idée.

#1 Formuler l’idée clé en une phrase

Ensuite, il y a une seconde question que vous pouvez vous poser, en relation avec la première : quel(s) effet(s) voulez-vous produire ? Ici il ne s’agit pas de savoir pourquoi vous allez parler, mais ce que vous voulez que votre audience reçoive. Vous voulez par exemple que certaines personnes fassent une certaine action. Ou alors vous voulez que la majorité arrête justement d’effectuer une action qu’ils font. Ou alors vous voulez inspirer certains types de personnes à changer quelque chose dans leur vie ou leur profession. 

Pour ma part j’ai plusieurs réponses à cette question, c’est comme si j’avais un peu deux “marchés” à mon discours : les étudiants et le monde scolaire. J’ai plusieurs effets que je souhaite produire chez mon audience ou pour mon audience, et c’est possible pour vous aussi.

#2 Définissez les effets que vous voulez créer

Maintenant il s’agit de véritablement construire le discours. Partir de l’idée centrale, et trouver un moyen de la transmettre en l’articulant en plusieurs parties. Pour cela j’ai utilisé une mind map (si vous ne connaissez pas ce concept, je vous conseille ce bref tutoriel en franglais). Je place au centre mon idée clé, mon message à transmettre. Je la décompose alors en plusieurs parties/thèmes/présupposés. 

Vous pouvez par exemple commencer par expliquer les termes de votre message, puis ensuite réaliser les présupposés que vous prenez pour votre idée (la situation, les statistiques, votre réalité). Enfin vous allez expliquer pourquoi vous pensez que votre idée a du sens, est vraie. Si votre idée répond à la logique, ce sera plutôt simple de construire un argumentaire. Dans tous les cas il est important d’ajouter dans chacune des parties des sources extérieures pertinentes (règle de TED : toujours vérifier et re-vérifier ses sources), mais également votre propre histoire, votre valeur personnelle.

Note : ça a été l’occasion pour moi de découvrir des choses par rapport à ma propre histoire grâce à des ressources extérieures, vous n’avez rien à perdre à essayer.

#3 Construire une mind map de votre idée vers toutes vos sources

Parfait. Vous avez maintenant plein de contenu à mettre dans votre discours. Mais si vous vous souvenez de mon exemple, vous savez que ce n’est pertinemment pas la bonne méthode de le faire. Vous avez plein d’idées qui vont vous servir, mais vous en avez aussi plein qui ne vous serviront pas. Voilà pourquoi l’étape #1 et #2 sont importantes, vous allez pouvoir éliminer le superflu. 

Construisez un chemin qui parcourt certaines parties et idées de votre mind map dans un certain ordre. Ce chemin sera la structure de votre discours. Vous ne pouvez pas passer par toutes les années, vous devez passer uniquement par les idées qui sont essentielles soit pour que l’audience comprenne votre message, soit pour créer les effets que vous voulez créer. L’avantage de la mind map si vous l’avez construit dans un ordre logique d’argumentaire (termes, présupposés, explications) est que votre chemin va plus ou moins ressembler à un cercle. Plus votre chemin fait des détours, plus vous garder du superflu. Et c’est aussi l’image du cercle qui est importante dans le discours, vous voulez avoir un fil rouge dans votre discours qui vous permette de reboucler vers le début du discours (voir l’étape #7). 

Une petite note importante : mesurer votre temps !

#4 Construire la structure de votre discours parmi les idées de votre mind map en éliminant le superflu.

Enfin puisque nous écrivons un discours TED et non un discours présidentiel, il manque encore un élément primordial : le storytelling. C’est la touche marketing du discours qui transforme votre cours magistral en discours vivant. Il s’agit ici de repenser aux effets que vous voulez produire, et de trouver le ton que vous allez utiliser pour chaque idée. Vous allez notamment décider de la façon dont vous allez articuler vos idées (les transitions), et la façon dont vous allez les présenter. 

Vous avez certainement déjà joué avec Powerpoint au lycée, à ajouter des effets et des animations sur toutes vos diapos, si bien qu’à la fin cela ressemblait plus à un film. Vous allez pouvoir utiliser le même principe ici. Vos idées sont vos diapos, vous pouvez les placer dans l’ordre que vous avez choisi et définir les transitions entre chacune (rappelez-vous que le silence a une bien plus grande valeur qu’une transition bancale), et aussi les effets sur chacune. Vous allez par exemple dire qu’entre l’idée 2 et l’idée 3 vous utiliserez un effet de suspens, et que pendant l’idée 3 vous utiliserez un ton humoristique, mais très subtil. Tout dépend de votre style, de votre idée, et de l’effet que vous voulez créer.

#5 Définir le ton des idées et les transitions à la manière d’un powerpoint

Vous pouvez alors écrire le texte du discours et les transitions au mot près, pas plus tôt qu’à cette étape. Une fois que vous avez écrit tout le contenu, il vous manquera possiblement deux parties importantes : l’introduction et la conclusion.

Non, dans un TED, l’introduction ne consiste pas à dire “je vais vous expliquer mon point en trois parties” . L’introduction consiste à accrocher directement le public à votre discours, à faire silence dans la salle et à vous placer au centre de toute l’attention. L’introduction est la partie la plus importante de votre discours, c’est le décollage de la fusée. Vous avez beau avoir la fusée la plus classe et performante sur Terre, si vous ne pouvez pas la faire décoller elle ne vous servira à rien. 

Il n’y a pas de méthode ou de secret pour réaliser une introduction qui cartonne, le mieux est de faire appel à l’émotion : du suspens, de la surprise, une chute, une impasse. L’introduction doit donner non pas envie aux auditeurs de vous écouter, mais le besoin. Plus l’introduction est claire, simple et forte (à adapter au sujet bien entendu), plus l’impact de votre discours sera grand. C’est triste de le dire, mais la qualité de votre idée ou de vos pensées n’y jouent qu’à 40 %, c’est mon avis. Tout le reste, la forme, est plus important. Un exercice qui peut vous aider est que les quinze premières secondes d’une introduction doivent suffire à ce que quelqu’un veuille entendre la suite de l’histoire. C’est pour cela qu’aucun speaker ne dis « Bonjour, je m’appelle Henri ».

Là je vous ai donné un petit bonus, une petite histoire est un des meilleurs moyens de captiver une audience dans l’introduction.

Votre introduction devra relier cette histoire à votre idée et expliciter clairement votre idée. Une fois que vous aurez explicité votre idée, il sera très simple de relier votre introduction au reste de votre discours, car votre idée est le centre de votre mind map donc nécessairement reliée à tout. Je prends encore une fois l’appui de Jude Cohen : ne tournez pas autour du pot, vous n’avez que quelques minutes, explicitez votre message clairement dès le début.

#6 Créer une introduction courte mais captivante qui permettra d’expliciter clairement votre message

Tout comme le lancement de la fusée, une fois que vous êtes arrivé à destination, il est toujours mieux de le faire comprendre à votre audience. Cela permet notamment d’éviter un silence gênant ou chacun se regarde en attendant de savoir s’il faut applaudir maintenant ou si c’est un effet dramatique. Et pour une fois, vous n’avez pas besoin de dire « merci » à tous le monde de vous avoir écouté. La première impression permet que votre message soit effectivement écouté, la dernière impression permet à votre message d’être retenu.

Comme je l’ai déjà abordé dans l’étape #4, je trouve que la meilleure façon de finir un discours est de reboucler sur le début : votre introduction. Le ton dépendra des effets que vous voulez créer et du sujet que vous abordez, mais je conseille de finir par une note positive, une ouverture, une perspective. La façon dont je finis mon discours est une blague, qui ne boucle pas nécessairement sur l’introduction, mais sur un moment du discours. C’est une sorte d’auto référence, plus ou moins subtile, mais qui apporte une touche d’humour et fait comprendre la fin du voyage.

#7 Conclure le voyage par une boucle vers votre introduction avec une note positive, voir comique

Voilà, vous avez maintenant un discours prêt ! Mais prêt à quoi ? 

C’est le moment de revenir au terme de Lean, agile. Le principe est simple : avoir un retour de vos client le plus vite possible pour rentabiliser vos prochains efforts dans le développement de votre service ou de votre produit. Votre client est votre audience. Si vous connaissez quelqu’un qui connait un minimum le format TED et qui serait susceptible d’être dans la salle (ne choisissez pas un retraité si la conférence est dans une école), demandez lui un retour sur votre discours le plus vite possible. Le mieux est d’avoir 3/4 personnes pour vous faire des retours sur votre discours et sur les ajustements. Pour cela vous pouvez simplement vous enregistrer en train de réciter le discours et leur partager. Cela vous permettra également de vous entraîner à l’oral et à mesurer votre temps.

#8 Demander un feedback le plus vite possible, et ajustez

Voilà pour la méthode que j’ai utilisée. Comme je le disais, ce n’est qu’une méthode parmi d’autres, et ce n’est certainement pas la meilleure. Mais je vous garantis qu’elle peut fonctionner, c’est déjà beau !

Quelques ressources :

https://www.ideasonstage.fr/guide-tedx-speaker/

Jude Cohen : What makes a great TED talk, YouTube

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