5 techniques pour améliorer ses prises de paroles en public

C’est la fin de mes études d’ingénieur et je ne sais pas pour vous, mais moi j’ai bouffé tellement de présentations de projets en groupe que j’ai l’impression d’avoir un doctorat en chorégraphie PowerPoint.

Je n’ai pas toujours été à l’aise à l’oral, tout seul comme en groupe, mais avec les années j’ai appris à aimer ce genre de travail. Et même plus que ça, j’ai aussi appris à garder mon auditoire intéressé, ce qui pour des professeurs le jeudi après-midi à l’heure de la sieste n’est pas une mince affaire !

Aujourd’hui je vous donne 5 clés plus ou moins connues pour améliorer vos prises de parole en public, quelque soit le niveau, quelque soit le sujet et quelque soit le public. J’ai appris ces clés par l’expérience en plusieurs dizaines de présentations diverses et variées, dans différentes langues et devant différentes audiences.

Certaines clés sont aussi inspirées par mon projet de l’année dernière, lorsque j’ai postulé pour devenir speaker TEDxavec un discours sur le burnout étudiant.

Il n’y a pas d’ordre d’importance parmi ces points techniques, le mieux est comme d’habitude de privilégier l’expérience en les testant sur soi. Chacune d’entre elle pourra ajouter un petit peu plus de l’éloge du public. Commençons par une qui me demande encore beaucoup de travail.

1# Aller à l’essentiel

Le principe fondamental derrière ces 5 clés est de se mettre dans la peau et de s’adapter à son audience. Cette première clé est simple à comprendre, mais difficile à suivre. Le but est d’aller le plus directement possible vers le message le plus important que vous voulez faire passer.

Mettez-vous à la place de votre audience : est-ce que vous préférrez quelqu’un qui va droit au but sur certains points clés et qui saute des étapes, ou quelqu’un qui s’appesantit sur un passage tout à fait inintérressant de son projet ?

Faites-moi confiance sur ce coup-là, il vaut mieux mattraquer quelques messages clairs que de décrire un seul point en long en large et en travers à côté de la plaque.

Mais comme je l’ai dit c’est souvent difficile à faire, notamment lorsque l’on maîtrise très bien son sujet. On a tendance à être très excité à l’idée de partager le sujet que l’on maîtrise, ou même à l’idée de montrer nos gros muscles sur notre sujet de prédilection. C’est encore plus vrai chez les scientifiques 🧪 !

Ma solution pour cela est de créer ma présentation à partir d’une question : en sortant de la salle, de quoi faut-il qu’ils se souviennent ?

De cette façon on liste les messages clés (maximum 5), que l’on devra parcourir dans un ordre logique dans la présentation. Le principe de la présentation n’est pas alors de raconter vaguement tout ce qu’on a fait, mais de construire une histoire autour de ces points clés.

Note : On dit souvent de ne pas avoir plus d’une idée par slide. C’est effectivement ce que je recommande, mais je sais que l’on peut souvent être contraint par son entreprise/école pour le format. L’essentiel est de garder quelque chose de synthétique et de direct. Par exemple privilégier des titres de slides conclusifs plutôt qu’interrogatifs.

On peut même aller encore plus loin que cette question de messages clés. Pour mon discours TEDx que j’ai mentionné plus haut, j’ai dû repartir de zéro seulement trois jours avant le rendu parce que la présentation ne me convenait pas. Quelqu’un m’avait conseillé de repartir de la simple question : pourquoi est-ce que je fais ce discours ?

C’est une question qui est au niveau encore au-dessus de la précédente, très pertinente dans le cas d’une conférence. L’inconvénient majeur est que cette deuxième question demande beaucoup plus d’introspection et de travail. Pour des projets académiques la première question conviendra beaucoup mieux.

Pour une méthode à emporter chez soi pour vos présentation, au moment où vous commencez à créer votre présentation, voici les étapes :

  • S’informer sur le public : qui sont-ils, quel format et ton conviennent le mieux, quel niveau ont-ils ?
  • Lister au maximum 5 points clés à partager dans cette présentation (vous ne parlerez que de ces 5 points clés)
  • Mettez ces points clés sous forme de titre de slide (conclusifs plutôt que descriptifs) – on doit comprendre la présentation rien qu’avec les titres (une idée par slide maximum)
  • Articuler vos points clés autour d’un histoire, d’un fil rouge

Plus de détails pour cette dernière étape dans la troisième clé sur le storytelling.

2# Répéter et remettre en contexte

L’attention dans un public est quelque chose de très sporadique. Un auditoire a une attention de 20 minutes en moyenne, et encore… Si vous lisez quelques-uns de mes articles vous retrouverez souvent l’exemple de TED : les TED talks ont été créés sur une base de 18 minutes justement à cause de ce phénomène. L’idée de TED est de mettre en forme les idées innovantes, intéressantes, passionnante, sous la meilleure forme pour qu’elles soient retenues et utilisées par le plus grand nombre.

Bien sûr chacune de nos présentation n’a pas à être un TED. On subit parfois un format imposé, le besoin de la présentation est parfois très technique, mais il y a toujours quelque chose à retirer de ce format TED.

Alors que le discours dure moins de 18 minutes, les orateurs vont partager leur message clés 3 ou 4 fois pendant ce laps de temps. La répétition est le premier moyen, le plus simple, pour mettre en valeur un message et pour le mémoriser.

Une méthode assez pratique pour ne pas être trop lourd dans nos répétitions est d’utiliser plutôt des mots clés. Une fois que l’on a défini le ou les messages clés de la présentation, on peut alors citer les mots clés de ces messages et les faire ressortir plusieurs fois dans la présentation plutôt que de répéter le message complet.

Cependant même sur 20 minutes, l’attention de l’auditoire peut faire des kilomètres d’aller-retour. Suivant le contexte, l’horaire, et même le repas que l’auditoire à manger le midi son attention peut aller du tout au tout. Ce n’est pas rare d’être déconcentré quelques minutes. Ce n’est pas rare non plus de rester bloqué sur un point du présentateur qui nous choque ou que l’on ne comprend pas.

Pour toutes ces raisons, au delà de simplement répéter le message clé, il est essenitel de remettre régulièrement en contexte sa présentation. Cela permet à ceux qui se réveille de récupérer le train en marche.

C’est le genre de chose que l’on fait naturellement lorsqu’on découpe la présentation en parties. “Nous avons parlé de x et y, et maintenant nous allons voir z”. Vous pouvez être plus original sur vos remise en contexte, notamment à l’aide de la prochaine clé : le storytelling.

En résumé pour cette clé, voici les éléments à emporter chez soi :

  • Répéter les mots clés et les idées clés tout au long de la présentation pour qu’ils soient retenus
  • Remettre en contexte toutes les 3-5 minutes sa présentation et ce que l’on a présenté jusqu’ici

3# Storytelling

On a vu juste avant un premier moyen d’ancrer un message chez l’audience avec la répétition. Mais finalement ce n’est pas la façon la plus efficace d’inscrire votre message sur le long terme. Lorsque l’on regarde certaines études de Standford sur la mémoire des discours, on constate rapidement que ce que les gens retiennent n’est pas lié à un contenu plus répété mais plus poignant.

Une étude s’est notamment intéressé sur deux discours à suivre la mémoire de l’audience sur le long terme. D’abord ils demandent ce dont les auditeurs se souviennent à la fin du discours, puis le lendemain. Ensuite ils attendent plusieurs semaines, puis plusieurs mois. Finalement les chercheurs peuvent retracer les évènements retenus, quels éléments persistent et sous quel forme. La conclusion est que l’on retient sur le long terme les éléments qui nous ont marqués par l’émotion. On retient aussi beaucoup mieux les éléments intégrés dans une histoire.

Captivez avec une histoire

Vous me voyez arriver de loin, c’est encore un principe utilisé à l’extrême dans les TED. C’est aussi un principe que j’uitlise beaucoup dans mes présentations académiques et professionnelles aujourd’hui. Les humains adorent les histoires, c’est un outil très puissant pour reconquérir l’attention du groupe, mais c’est aussi très intéressant pour encapsuler des messages. Et les films Disney l’on bien compris.

Dans un cours de Business Intelligence il y a quelques temps je devais faire une présentation d’un outil de tableaux de bords à un client fictif: un libraire. C’était en quelques sorte un jeu de rôle où le prof jouait le client libraire, et mon groupe jouait un cabinet de conseil en BI qui voulait décrocher l’appel d’offre. On a axé toute notre présentation sur le storytelling. Plutôt que de montrer ce que notre outil de visualisation pouvait faire, les fonctionnalités, la diversités des paramètres, on a décidé de créer trois situations très réalistes auxquelles le libraire pourrait faire face et comment notre outil permettrait d’y répondre petit à petit. Par exemple une de ces situations consistait à anticiper la gestion des stocks avant la sortie d’un film associé à une série de BD connue : Tintin. On avait donc créé des petits scenarii pour accrocher l’attention du client et lui permettre de se projeter avec l’outil. Lors de sa décision il se rappellera beaucoup plus facilement de nos quelques scenarii et de notre présentation que de tous ceux qui ont présenté tous les aspects techniques de l’outil.

Vous voyez ce que je viens de faire ? Je viens de vous raconter une petite histoire, basée sur une expérience personnelle. C’est très facile à faire, quand on discute avec ses amis on a même tendance à le faire trop souvent ! Rien qu’une petite histoire permet de capter l’attention, de facilité la compréhension et la mémorisation.

Le best du best, la crème de la crème comme disait ma prof d’anglais, c’est de créer de l’émotion dans ses histoires. Pour la plupart des histoires dans ce contexte, et pour la plupart d’entre nous, la meilleure façon d’y arriver est en utilisant l’humour. L’autodérision, le mime, pleins de petites choses qui enrichissent l’ambience dans la salle et vos histoires.

Et enfin puisque vous êtes très bon dans vos présentations, et que vous ne vous contentez pas du plus facile, voilà une dernière astuce de storytelling : embarquez tout votre discours dans une histoire en fil rouge.

Le fil rouge c’est l’histoire qui est en tâche de fond, c’est le fond d’écran de votre discours. Tous les points que vous présentez peuvent ensuite être projeté sur cette histoire. Cela rend les présentations beaucoup plus élégantes et rondes.

Vous commencez par raconter le début de votre histoire fil rouge. Puis vous présenter une idée, que vous la soulignez avec la suite de votre histoire. À la fin vous pouvez finir par la fin de votre histoire, le message clé, et une petite blague en référence à votre fil rouge.

Voilà un petit exemple chez TED en français, qui pourra aussi vous aider pour gérer la peur de parler en public (c’est cadeau) :

Le paradoxe de Robin des bois, TEDxLaRochelle

Si l’on résume :

  • Encapsuler les messages dans des petites histoires, ou dans une grande histoire fil rouge
  • Utiliser l’humour et l’émotion pour ancrer les idées chez son audience
  • Créer un fort lien logique dans ces idées avec une histoire fil rouge, et augmenter ainsi l’attention de son audience et faciliter la mise en contexte

4# Réagir avec l’audience

Vous l’aurez compris sur toutes les clés que j’ai présenté jusqu’ici on se concentre sur l’audience. C’est elle le cœur de la présentation, pas vous. C’est la raison pour laquelle on va rajouter une clé essentielle à notre liste : l’interaction avec l’audience.

Cela peut paraître tomber sous le sens, après tout on s’adresse forcément à quelqu’un. Mais combien d’orateurs se cachent derrière leur slides, derrière leur ordinateur, derrière leurs notes. Le cours magistral cette année sur zoom, avec aucun visage sur notre écran, seulement le professeur qui récite son cours tout seul devant son micro. On court à la catastrophe pédagogique, c’est évident.

Il est indispensable lorsque l’on s’adresse à une audience de véritablement s’adresser à cette audience. Regarder dans les yeux, suivre les réactions, s’engager émotionnellement, par exemple lorsque l’on raconte son histoire ou que l’on fait un trait d’humour. Une présentation reste avant tout un moment d’échange très humain, où l’on est face à des profils et des comportements variés. Aucune slide, aucun document word ne saurait être adapté à tout le monde. Votre présentation ne se constitue pas uniquement de vos slides, ou d’un texte pré-rédigé, mais de l’interaction verbale et paraverbale avec votre audience. L’étude de Standford souligne justement l’importance du paraverbal dans la création d’une émotion et dans l’ancrage des messages.

L’interaction au cœur de la présentation

Je ne suis pas un spécialiste de l’interaction, ni du paraverbale, mais je peux vous parler des quelques points que j’ai appris par l’expérience.

D’abord je fais très souvent attention à ce qu’il se passe dans la pièce : qui me regarde, qui est endormi, qui est stressé, qui regarde l’horloge, quelles réactions je déclenche. On doit suivre son audience bien plus qu’elle ne nous suit, c’est nous qui prenons cette interaction en main, c’est notre responsabilité en tant qu’orateur. Et c’est un jeu assez drôle en fait, d’essayer de capter tous les signaux dans la pièce, en se prenant pour un psy qui analyse les comportements.

Ensuite je montre à mon audience que je suis ses réactions, je hoche la tête, je souris, j’acquiesce avec eux, je ris avec eux. Je vois dans leur regards l’incompréhension ? Je m’arrête et re-éxplique mon point en m’addressant particulièrement à ceux qui étaient perdus. Je réagis à leurs réactions autant qu’ils réagissent à mon discours.

Enfin je fais de plus en plus des pauses dans mes discours.

Des pauses plus ou moins longues, qui permettent d’ancrer le message, mais qui me permettent aussi d’être en connexion avec l’audience. Et accessoirement de me remémorer la suite de mon discours.

C’est exactement la même chose dans cet article avec les paragraphes. Créer un nouveau paragraphe est pour moi l’équivalent de faire une pose et de laisser le message s’imprégner. Après tout nous ne sommes pas des téléprompteurs, une présentation est une discussion et il tout à fait normal de faire des pauses. C’est même une marque d’autorité et de confiance en soi.

Et pour aller plus loin sur cette confiance en soi, qui contribue beaucoup à la performance de la présentation, passons à la dernière clé.

5# S’entraîner

Évident ?

Encore une fois, ce sont les clés les plus évidentes qui sont le plus souvent négligées. C’est bien dommage car s’entraîner est vraiment LA clé pour améliorer toutes ses présentations et ses prises de parole en public. Et cela pour plusieurs raisons.

Le premier entraînement consiste à répéter sa présentation (son texte et ses slides) avant la véritable présentation. Vous pourrez ainsi vous rendre compte des incohérences, des erreurs, de la longueur (très important). Vous pourrez synthétiser les idées, et vous créer des petits moyens mnémotechniques pour vous rappeler de votre discours le jour-J.

Pour que ce soit plus efficace, faites votre entraînement devant quelqu’un, qui vous donnera son avis et pointera les fautes. C’est très simple à faire pour les présentations en groupe par exemple, car chacun peut corriger les parties des autres. Finalement une présentation n’est pas différente d’un article ou d’un livre : c’est l’édition et la réécriture qui la rend excellente.

Note : vous pouvez aussi vous enregistrer si personne ne veut vous regarder vous entraîner, c’est aussi très révélateur de se regarder présenter !

L’autre avantage de cet entraînement plusieurs fois avant le jour-J est de créer des automatismes. C’est également quelque chose qui s’aquière au fur et à mesure de vos différentes prises de parole en public. En créant des automatismes vous stabilisez votre performance le jour-J, peu importe votre niveau de stress. C’est quelque chose d’évident pour les athlètes de haut niveau par exemple. Vous avez alors pendant votre discours plus de capacité et d’espace pour vous concentrer sur le reste : votre audience et votre interaction.

L’autre type d’entraînement finalement consiste à favoriser vos prises de parole en public. Pratiquer et pratiquer différentes présentations devant différentes personnes, différents public. Ce n’est pas un secret pour les athlètes. Ils ne s’entraînent pas pendant des années pour performer sur un seul match. Ils s’entraînent pendant tous leur matchs pour être encore meilleur sur ceux qui vont suivre.

Le fait de pratiquer avec de la diversité, c’est-à-dire sur différents projets, permet de développer la confiance en soi. Le premier entraînement pour une présentation spécifique permet d’avoir confiance en son discours, la pratique de la prise de parole permet d’avoir confiance en ses ressources et ses capacités à se sortir de n’importe quelle situation.

Un public endormi, un auditeur virulent, des personnes non-formées, ou inintéressées, vous saurez faire face à toutes les situations avec beaucoup plus de séreinité.

Développez votre confiance en vous

Pour résumer

Voilà pour synthétiser l’ensenble de ces clés un petit résumé à emporter chez soi pour sa prochaine prise de parole en public :

  • Allez à l’essentiel, en vous concentrant sur les messages clés que votre audience doit comprendre et retenir, et sur la meilleure façon de leur transmettre
  • Répétez vos messages clés plusieurs fois dans le discours, et remettez en contexte votre point dans votre présentation pour que certains puissent rattraper le train en marche
  • Construisez des histoires avec vos messages, soit d’expériences personnelles, soit une grande histoire fil rouge qui porte toute votre présentation
  • Utiliser l’humour et l’émotion dans vos histoires pour capter l’attention et marquer les esprits
  • Suivez les réactions et les signes dans votre audience, interagissez avec eux directement, soyez souples et improvisez des modifications
  • Faites des pauses, plutôt que des euh, afin de marquer vos mots, d’anticiper la suite et de raccrocher votre audience au wagon
  • Entraînez vous à présenter plusieurs fois pour créer des automatismes et corriger les erreurs
  • Pratiquez votre présentation comme un entraînement pour toutes vos prochaines prise de paroles en public, vous avez le droit à l’erreur

En bonus, pour ceux qui doivent utiliser des slides en support de leur présentation, voilà une vidéo qui pourra vous inspirer à améliorer le format de vos slides pour le bien être de tout les lecteurs : 

How to avoid death by PowerPoint, TEDxStockholm

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